Je quitte l’océan indien sans être allé me baigner.

Il n’y avait pas de poissons morts sur les plages qui m’ont vu grandir, quelques boulettes de pétrole, mais pas de poissons morts. Ce matin, j’en ai compté dix et autant de pailles en plastique, de bouteilles vides, d’algues entremêlées avec des sacs, de sachets de chips, de soupe minute, de jus de fruits ; et autant de personnes qui passent devant, indifférents, comme si c’était la nouvelle norme, comme si quelqu’un d’autre payé par notre taxe de séjour allait ramasser, comme si la mer allait nous décharger du poids de notre non-souciance, comme si le déchet de l’autre n’était pas le sien. Ces mêmes personnes cherchent probablement à se nourrir sainement, ils ont une poubelle verte, ils trient, ils compostent, se montrent irréprochables en société et applaudissent les nombreux mouvements qui, de plus en plus, s’élèvent contre, en fait, eux-mêmes.

Je ne sais pas quoi écrire sinon mon indignation et mon incapacité de prendre position. Je me sens empêché et empêcheur, un pêcheur coupable d’un grand péché. Et de l’écrire ne pourra offrir que de le lire, ce qui n’a aucun de sens, car il faut marcher au milieu des poissons morts pour comprendre que la nature ne demande pas qu’on la consomme. La nature demande que l’on comprenne qu’elle et nous sommes un.