J’ai vu la liberté hébétée.
J’ai vu de la souffrance et la Suisse sûre.
J’ai vu le Monde sans le monde.
J’ai vu des équilibres trébucher.
J’ai vu des masques nous rendre flasques.
J’ai vu deux mètres nous démettre.

J’ai vu des peureux et des moins heureux.
J’ai vu enfin ce que généraient les généreux.
J’ai vu des riches qui trichent.
J’ai vu des bobos en vélo-cargogo.
J’ai vu ergoter des égos.
J’ai vu des supermarchés torchés.
J’ai vu l’ordre paniquer.
J’ai vu les nantis anticiper.
J’ai vu la maraîchère devenir très chère.

J’ai vu la détresse aux cœurs.
J’ai vu le vin et la multiplication des pains.
J’ai vu les lâches se lâcher.
J’ai vu ce silence des violences.
J’ai vu des pommes comploter.
J’ai vu cinq « g » dans le mot « grogner ».
J’ai vu des mensonges dénués d’étais.

J’ai vu des subventionnés sous-ventiler.
J’ai vu des musiciens s’amuser du rien.
J’ai vu les pauvres spectateurs de leur faim.
J’ai vu le cirque des narcissiques.
J’ai vu les solitaires devoir se taire.
J’ai vu l’introversion et ses travers.
J’ai vu les virés du virus.
J’ai vu des mecs grands et trop de minus.

J’ai vu la vie réduite à zoomer.
J’ai vu ma télé travailler.
J’ai vu Trump tant tromper.
J’ai vu hésiter à méditer.
J’ai vu même des gurus se gourer.
J’ai vu YouTube m’entuber.

J’ai vu la distance des instances.
J’ai vu l’économie nous mettre de côté.
J’ai vu les invisibles devenir cibles.
J’ai vu les indépendants bientôt sans dents.

J’ai vu se faire le lit de nos morts.
J’ai vu les sorties laissées à leur sort.
J’ai vu des infirmières au firmament.
J’ai vu des bals de cons applaudir.
J’ai vu des mains ne plus se tenir.
J’ai vu l’enterrement des farces communes.
J’ai vu tes fêtes pendant ma retraite.
J’ai vu danser la défaite.

J’ai vu l’amour devenir très dur.
J’ai vu les câlins qu’a pas l’autre.
J’ai vu des amitiés mitigées.
J’ai vu nos vieux surveillés.
J’ai vu nos jeunes sans sous jeûner.

J’ai vu l’inégal alité.
J’ai vu se draper la réalité.

J’ai vu faire semblant d’être ensemble.
J’ai vu les solidaires se dessouder.
J’ai vu des cheveux vouloir pousser.
J’ai vu l’espoir qu’on laissait choir.
J’ai vu la compassion que quelques soirs.

J’ai vu nos atouts et leurs contraires.
J’ai vu l’empathie en partie parterre.
J’ai vu chaque matin les pensées suisses d’hier…
… et j’avoue n’avoir rien su faire.

Je veux apprendre à panser la terre.

J’ai vu deux mois de moi.