Je suis rien. Une poussière. Une amibe. Je ne vois pas pourquoi je me mettrais à écrire par l'injonction de quelques proches alors que je fais encore des fautes de syntaxe parmi les plus basiques. Et puis j'écris déjà. Sauf que personne ne lit ce que j'écris parce que mon esprit parfois rigide me convainc que ça n'a aucun intérêt, donc je ne le montre pas. Je n'écris pas pour qu'on me lise. J'écris pour sortir de moi tout ce qui me menace en permanence. C'est un réflexe de survie. Écrire m'évite le pire. Cela pourrait pourtant devenir un plaisir si je m'abstenais simplement de me relire.

Et puis, je ne décide pas quand les mots me viennent. Comme là, à trente mille pieds au-dessus de quelque part assis à côté d'un homme qui sent un mélange de tabac froid et de mauvais vin, en route pour Bangkok où j'ai décidé de faire escale avant de rejoindre à nouveau l’île des Dieux pour prendre soin de mes chakras. Me voilà la tête enveloppée de mon krama fétiche à cause des courants d'air sur mon crâne, le masque de sommeil sur le front, essayant d'obéir aux conseils d’une app révolutionnaire qui me promet une arrivée sans les effets du décalage horaire. Me voilà en train d'écrire des mots qui se sont présentés, là, entre Morphée qui me courtise et le triangle de camembert Président qui me nargue sur le plateau-repas. Je ne maîtrise pas ma vie. Je ne cherche plus à la contrôler. J’ai décidé de l’écouter et de la vivre. J’ai décidé d’accompagner avec bienveillance cette part de moi qui veut s’exprimer.

Le vin. C'est peut-être le vin. « Madame de Sainte-Hélène », un Syrah-Cabernet groupé dans une bouteille en plastique d’un décilitre et demi. C'est lui qui déclenche tout ça. Je ne sais pas écrire moi. On ne va pas en faire un fromage. Bonne nuit Monsieur le Président. Où suis-je. Quelle heure est-il.